vendredi 5 septembre 2008
ECHELON : Les grandes oreilles américaines
Les Etats-Unis et quatre de leurs alliés privilégiés ont déployé un gigantesque réseau d'écoute électronique capable d'intercepter les télécommunications du monde entier. Depuis la fin de la guerre froide, ce dispositif ultra secret connu sous le nom d'Echelon est de plus en plus utilisé pour des opérations d'espionnage économique.
Toutes nos conversations
téléphoniques (dont fax, emails, GSM, internet) sont écoutées par des oreilles
indiscrètes et automatiquement triées par des ordinateurs ultra-puissants. La
fiction de George Orwell, et son Big Brother omniprésent, est largement
dépassée par la réalité. Les services secrets américains et leurs associés
britanniques, canadiens, australiens et néo-zélandais disposent avec le réseau Echelon
des plus grandes oreilles du monde.
Une étude commandée par le Parlement européen le confirme : "toutes
les communications électroniques, téléphoniques et par fax en Europe sont
quotidiennement interceptées par la NSA des États-Unis". La NSA
(National Security Agency), la branche la plus secrète et
la plus puissante des services de renseignement américains dispose de
satellites espions et de stations terrestres qui lui permettent d'écouter
toutes les télécommunications en Europe mais aussi sur l'ensemble de la
planète. Ce réseau espion est connu sous le nom d'Echelon, même s'il a
sans doute été rebaptisé depuis les premières révélations sur son existence.
Le réseau Echelon reste l'un des
secrets les mieux protégés par l'espionnage américain. Sa date de naissance
précise, par exemple, est inconnue. Une certitude cependant : ce réseau mondial
d'espionnage vise principalement aujourd'hui des cibles non-militaires :
gouvernements, organisations, entreprises, associations ou particuliers.
Les sujets dignes d'intérêt pour
ce réseau espion sont définis par les cinq pays qui participent à son
fonctionnement sur la base du pacte UKUSA. Cet accord organise la répartition
des taches entre les pays signataires : Etats-Unis, Grande-Bretagne, Canada,
Australie et Nouvelle-Zélande.
Orientés à l'origine vers
l'écoute des communications radios des armées des pays communistes, les moyens
techniques mis en œuvre dans le cadre du pacte UKUSA n'ont cessé de s'accroitre et de se sophistiquer. Lorsque le mur de Berlin est tombé, les
objectifs stratégiques des Etats-Unis ont été redéfinis. L'ennemi communiste
ayant disparu, "la conquête des marchés mondiaux est désormais la
nouvelle frontière pour les Américains", constate l'Amiral Pierre
Lacoste, ancien patron des services secrets français.
Ainsi le réseau Echelon a été mis à contribution lors des négociations du GATT sur le commerce mondial, mais les centres d'intérêt concernent également des organisations comme Amnesty International ou Greenpeace. Où commencent et où s'arrêtent les opérations d'espionnage du réseau Echelon? Qui contrôle réellement les activités du plus vaste système de renseignement jamais créé à ce jour? Deux questions qui préoccupent quotidiennement les gouvernements et les grandes entreprises.
L'HISTOIRE DU RESEAUX ECHELON
1947/48 - Le pacte UKUSA est
prorogé. Ce pacte secret conclu, pendant la Seconde Guerre mondiale, entre la Grande-Bretagne
et les Etats-Unis, organise la collaboration des services de renseignement des
deux pays dans le domaine de l'espionnage des télécommunications. Le Canada,
l'Australie et la Nouvelle-Zélande se joignent à ce pacte de coopération et d
'échange des informations recueillies. Cibles principales : l'URSS et les pays
communistes.
1952 - Aux Etats-Unis, création de la NSA (National Security Agency)
par une directive du président Truman. La NSA est chargée, au sein des services
de renseignement, des opérations SIGINT (signal intelligence), c'est à
dire de l'espionnage électromagnétique (surveillance des liaisons radios, des
émissions radar, des télécommunications, etc.) et de la conception des systèmes
de codage et de cryptage destinés à assurer la confidentialité des
communications du gouvernement, des diplomates et des militaires américains.
1966 - La NSA prend le contrôle de la base de Menwith
Hill (nord de
l'Angleterre) qui était jusque là dirigée par l'armée américaine. Elle en fera
la plus grande station d'interception du monde.
1985/87 - Projet de création d'un réseau mondial
de surveillance des télécommunications révélé par le journaliste britannique Duncan Campbell.
Le principe du projet F 415 est de relier entre elles, grâce à de
puissants ordinateurs, les différentes bases d'interception des pays du pacte
UKUSA qui sont disséminées à travers le monde.
1989 - La chute du mur de Berlin entraîne la
redéfinition des priorités stratégiques des Etats-Unis. La conquête des marchés
mondiaux est désormais l'objectif majeur.
1996 - Le néo-zélandais Nicky Hager met en
évidence l'existence et le fonctionnement du plus grand réseau d'espionnage des
communications jamais conçu. Il dévoile ce réseau baptisé "Echelon"
dans un livre intitulé "Secret power".
1998 - Une étude commandée par le parlement européen souligne les dangers que fait peser l'activité de ce réseau sur les pays de l'Union européenne et sur leurs entreprises.
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